Au second jour de son séjour à El-Alamein, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, a présenté devant l’Union africaine le bilan et les ambitions de l’intégration ouest-africaine, en sa qualité de Président en exercice de la CEDEAO. Il s’est ensuite entretenu avec le Président Abdel Fattah Al-Sissi, avant de recevoir trois acteurs économiques égyptiens porteurs de projets pour le Sénégal.

La veille, au Sommet des membres fondateurs de l’AUDA-NEPAD, le Chef de l’État avait plaidé pour un développement africain adossé aux ressources du continent et à son secteur privé. Ce dimanche, il a montré comment l’Afrique de l’Ouest traduit cette ambition dans ses propres politiques, puis comment le Sénégal en tire parti dans ses partenariats.

L’Afrique de l’Ouest à la table du continent

La Réunion de coordination semestrielle de l’Union africaine rassemble autour de la Commission les Communautés économiques régionales, sur lesquelles repose l’intégration du continent. C’est à ce titre que le Président de la République y a pris la parole, au nom de la CEDEAO.

Il a d’abord présenté une Communauté qui avance malgré un contexte marqué par les tensions géopolitiques, les contraintes budgétaires et les effets du changement climatique. Le Pacte pour l’Avenir, adopté en juillet à Lungi au terme d’un large processus consultatif, fixe le cap d’une région plus résiliente. Les Chefs d’État ont décidé de lancer la monnaie unique ECO en 2027, instrument central d’une intégration économique plus profonde. Sur le terrain, la carte d’identité biométrique de la CEDEAO et la carte brune d’assurance facilitent la circulation des citoyens, tandis que l’interconnexion des réseaux électriques de quinze pays ouest-africains a franchi avec succès ses premiers tests de synchronisation.

Sur la paix et la sécurité, le Chef de l’État a rappelé l’engagement de la CEDEAO dans la diplomatie préventive et le dialogue politique, ainsi que la mise en place progressive de la brigade antiterroriste et le renforcement du système régional d’alerte précoce. Il a souligné que la Communauté poursuit le dialogue avec l’Alliance des États du Sahel, afin de préserver les liens entre les peuples, les acquis de l’intégration et la coopération sécuritaire.

Au-delà de la sous-région, le Président de la République a plaidé pour que la Zone de libre-échange continentale africaine tienne ses promesses. Cela suppose de finaliser les accords encore en suspens, de transformer sur place les ressources du continent et de bâtir des stratégies commerciales tournées vers le marché africain. Il a appelé à rapprocher le Secrétariat de la ZLECAf et l’AUDA-NEPAD autour d’une approche par corridors, pour doter l’Afrique des infrastructures qui relient ses marchés. Il a enfin proposé de mieux articuler le deuxième plan décennal de l’Agenda 2063 avec les plans nationaux de développement, et d’en garantir le financement par l’opérationnalisation du Fonds pour l’intégration africaine.

Le Chef de l’État a également salué le Ghana et le Togo, qui ont porté avec succès aux Nations unies, au nom de l’Afrique, la Déclaration sur la traite des Africains et la résolution « Corriger la carte ». Il a appelé le continent à poursuivre sa mobilisation sur les questions de mémoire et de justice.

Sous la présidence sénégalaise, la CEDEAO s’est fixé pour ambition de rassembler la Communauté et de replacer les citoyens au cœur de l’intégration régionale. Le Président de la République en a fait la ligne de son intervention.

Un partenariat bilatéral élargi à l’économie

En marge des travaux, le Chef de l’État s’est entretenu avec son homologue égyptien. Les deux Présidents ont affirmé leur volonté de renforcer le partenariat entre le Sénégal et l’Égypte et de l’étendre à de nouveaux domaines.

Ce partenariat s’appuie sur une amitié ancienne, nouée au temps des Présidents Léopold Sédar Senghor et Gamal Abdel Nasser, dont les deux pays ont célébré l’an dernier les soixante-cinq ans de relations diplomatiques. Il s’est récemment enrichi de la reconnaissance du baccalauréat arabe sénégalais par l’Égypte, de l’ouverture des filières scientifiques d’Al-Azhar aux étudiants sénégalais et d’une coopération dans la formation des forces de défense et de sécurité. L’Égypte sera par ailleurs l’invitée d’honneur de la Foire internationale du livre de Dakar, du 15 au 19 octobre.

Le Président de la République a souhaité que cette relation prenne désormais toute sa dimension économique. Il a invité les entreprises égyptiennes à investir au Sénégal, dans l’agriculture et l’aquaculture, l’industrie, la santé, l’habitat et l’hôtellerie, et à prendre part à la mise en œuvre de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050. L’ouverture de liaisons aériennes et maritimes directes donnerait à ces échanges un nouvel élan. Les deux Chefs d’État ont également constaté la convergence de vues de leurs pays au sein de l’Union africaine, de l’Organisation de la coopération islamique et des Nations unies, notamment sur la question palestinienne et le respect du droit international.

Des investisseurs tournés vers le Sénégal

L’invitation du Chef de l’État a trouvé un prolongement immédiat dans les audiences de la soirée.

La société égyptienne Safe Call Bank, dirigée par le Docteur Hisham Issa, projette d’ouvrir à Dakar un centre thérapeutique de cellules souches, qu’elle envisage de financer sur fonds propres à hauteur de dix millions de dollars. Ces thérapies ouvrent des perspectives de traitement pour de nombreuses pathologies, en particulier les maladies dégénératives. Depuis Dakar, le centre a vocation à servir l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest, ce qui rejoint la volonté du Président de la République de faire du Sénégal un hub sous-régional de la santé. 

Monsieur Hatem Raslan, Président-directeur général de Siltal Africa, est quant à lui déjà implanté au Sénégal. Son usine de réfrigérateurs et de climatiseurs, lancée en 2025 au parc industriel de Diamniadio pour un investissement de dix millions de dollars, sera prochainement inaugurée. Elle dotera le pays d’une capacité de production d’équipements jusqu’ici largement importés. Monsieur Raslan a fait part au Chef de l’État de sa volonté d’aller plus loin, avec de nouveaux projets destinés à accompagner l’Agenda Sénégal 2050.

La journée s’est achevée avec Monsieur Khaled Mikati, Président du Conseil des affaires Sénégal–Égypte, créé en 2021 à la suite d’un protocole d’accord avec la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Dakar. Il a présenté au Président de la République plusieurs projets qu’il souhaite développer au Sénégal. Ils portent sur l’équipement des hôpitaux en appareils d’imagerie médicale, sur des innovations dans le traitement du cancer, sur une solution de finance électronique pour la collecte des taxes et la gestion des paiements, ainsi que sur la construction de logements écologiques à coût réduit.

Au terme de la séquence d’El-Alamein

En deux journées, le Chef de l’État a reçu six dirigeants égyptiens, dans le transport aérien, l’énergie, la banque, la santé, l’industrie et les services. Chacun est venu avec un projet pour le Sénégal ou la volonté d’y étendre ses activités. Ces engagements touchent des chantiers que le Président de la République a placés au premier rang, de la souveraineté énergétique et sanitaire à l’industrialisation, jusqu’à l’accès des familles au logement.

Le propos tenu à la tribune et le travail mené en audience procèdent ainsi d’une même démarche. Devant ses pairs, le Président de la République défend une Afrique qui finance son développement, transforme ses ressources et relie ses marchés. Pour le Sénégal, il mobilise les partenaires disposés à y contribuer. Après Washington, Abu Dhabi et New York, la séquence d’El-Alamein confirme la place que le Chef de l’État donne à l’économie dans l’action diplomatique du pays.