
Le discours de Bassirou Diomaye Faye à la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations Unies doit être lu non pas seulement comme un exercice protocolaire. Il montre aussi comment le Sénégal se place dans le nouvel ordre international.
Son idée principale est la crise de confiance. Elle existe entre les États, envers les institutions internationales, envers le droit international et, surtout, envers la capacité du système multilatéral à tenir ses promesses. À partir de ce constat, le Président défend une idée simple. La crise du multilatéralisme ne doit pas mener à son abandon, mais à sa réforme.
C’est sans doute le point politique le plus fort du texte. Le Sénégal ne se montre ni comme un défenseur aveugle du statu quo, ni comme un partisan du repli souverainiste. Il demande une ONU plus représentative, plus efficace, moins bureaucratique et plus en phase avec les réalités du monde d’aujourd’hui.
La question africaine prend naturellement une place importante dans cette vision. Le Sahel, le terrorisme et surtout la réforme du Conseil de sécurité permettent au Sénégal de rappeler que l’Afrique ne peut pas continuer à jouer un rôle majeur dans les relations internationales tout en restant sous-représentée dans les principaux mécanismes de décision. La référence au consensus d’Ezulwini donne à cette demande une dimension continentale plutôt que strictement sénégalaise.
Mais le discours ne parle pas seulement de paix et de gouvernance mondiale. Il essaie aussi de montrer une nouvelle image du Sénégal. Le pays veut avoir une place dans les discussions sur le financement du développement, le numérique, l’intelligence artificielle, l’espace, le climat et l’eau. Le satellite, la Maison des Nations Unies à Diamniadio et les Jeux Olympiques de la Jeunesse aident tous à construire l’image d’un Sénégal qui agit et ne reste pas simple spectateur de la mondialisation.
Le passage sur Macky Sall me semble l’un des plus importants. Après avoir expliqué qu’il faut un leadership capable de « parler à tous » et de « bâtir des ponts », le Président annonce officiellement qu’il soutient la candidature de l’ancien chef de l’État pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies. Au-delà de Macky Sall, c’est une façon de voir la diplomatie d’État qui ressort ici. Le changement politique ne devrait pas forcément couper la continuité des intérêts diplomatiques du pays.
La conclusion sur les JOJ est aussi bien formulée. Après avoir parlé des guerres, du terrorisme, des inégalités, du climat et des crises du multilatéralisme, le discours finit par aborder la jeunesse, le sport et la rencontre entre les peuples. Le passage de la conflictualité à la fraternité donne au discours sa portée la plus universelle.
Il reste pourtant une question. Comment passer de cette doctrine diplomatique à une vraie capacité d’influence ? Les principes sont clairement posés. Les priorités sont identifiées. Mais la force d’un discours international se mesure aussi à la capacité de former des coalitions, de lancer des initiatives et d’obtenir des résultats.
Au fond, ce discours présente une certaine idée de la place du Sénégal dans le monde. C'est un pays africain, mais qui vise l'universel. Il tient au multilatéralisme, mais souhaite le réformer. Il reste ouvert au dialogue, mais veut défendre ses intérêts. Il cherche aussi à transformer son capital diplomatique, technologique et événementiel en influence internationale.
C’est cette dernière ambition qui mérite maintenant d’être vue dans les faits.
Pape Sadio Thiam, Conseiller Spécial à la Présidence





