
Le Président de la République, Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, a présidé, ce mardi 29 septembre 2026, au Grand Théâtre de Dakar, la cérémonie officielle d'installation du Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal.

Dans son allocution, le Chef de l'État a invité les jeunes à faire de cette nouvelle instance un espace de dialogue, de réflexion et de propositions au service de la Nation.
Évoquant les mutations induites par l'intelligence artificielle, il a appelé la jeunesse sénégalaise à ne pas se limiter à l'usage des technologies, mais à prendre part à leur conception et à leur adaptation aux réalités et aux besoins du Sénégal.
« Je ne veux pas d'une jeunesse sénégalaise cliente de l'intelligence des autres. Je veux des ingénieurs, des linguistes, des juristes, des entrepreneurs qui la fabriquent, qui lui apprennent nos langues, qui la plient à nos besoins », a déclaré le Président de la République.
Le Chef de l'État a également insisté sur l'importance du courage, de la responsabilité, de l'engagement et de l'attachement aux valeurs qui fondent la société sénégalaise.
S'adressant aux conseillères et aux conseillers, il leur a demandé de porter une parole utile, nourrie par le travail et le débat, et de formuler des propositions « précises, chiffrées, praticables », de nature à contribuer à la mise en œuvre de l'Agenda Sénégal 2050.

Lire l'intégralité du Discours de Son Excellence Bassirou Diomaye Diakhar Faye, Président de la République à l'occasion de l’installation du Conseil Consultatif des Jeunes du Sénégal (CCJS)
Dakar, 29 septembre 2026 - Seul le prononcé fait foi
Monsieur le Premier Ministre ;
Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement ;
Monsieur le Président du Conseil constitutionnel ;
Monsieur le Premier Président de la Cour suprême ;
Monsieur le Premier Président de la Cour des Comptes ;
Monsieur le Président de la Commission Education, Jeunesse, Sport et Loisirs de l’Assemblée nationale ;
Excellence, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs ;
Distinguées Autorités religieuses et coutumières ;
Mesdames, Messieurs les Gouverneurs de Région ;
Mesdames, Messieurs les représentants du secteur privé et des organisations patronales ;
Partenaires techniques et financiers et Acteurs de la Société civile ;
Monsieur le Président du Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal ;
Chères conseillères,
Chers Conseillers ;
Jeunes du Sénégal,
Mesdames, Messieurs,
Il y a, dans la mémoire de notre pays, un matin que beaucoup d'entre nous n'oublieront jamais.
Nous avons été réveillés avant le jour. Nos mères n'ont presque rien dit, mais elles savaient. Des hommes que nous connaissions depuis toujours, un oncle, un voisin, un aîné, nous ont emmenés à l'écart du village, ou du quartier. Ils n'étaient plus là pour nous protéger de l'épreuve. Ils étaient là pour nous y conduire.
Ce matin-là porte bien des noms. Le ndut chez les Sérères, le lël chez les Wolofs, le bukut chez les Diolas, le koré chez les Bassari, et le kouyang baa chez les mandingues.
Nos sœurs avaient leurs propres écoles, tenues par les mères et les tantes.
Les noms changent d'un terroir à l'autre, mais le sacrement est partout le même.
Un jour, une société décide que ses enfants ont assez grandi. Elle les prend dans une case. Elle leur apprend à endurer. À garder le silence quand il le faut. À tenir ensemble. Elle leur confie ce qu'elle ne dit pas aux enfants. Puis elle leur remet leurs premières charges, et elle les regarde en ressortir en hommes prêts à affronter les responsabilités.
L’homme ressort de cette case fils de toute la communauté ; initié, responsable et investi des habilitations nécessaires pour participer à toutes les délibérations sensibles.
Je voudrais que vous entendiez cette cérémonie ainsi. Aujourd'hui, en plein jour, devant la Nation, pour ses filles comme pour ses fils, la République fait ce que nos anciens faisaient à l'écart. Elle vous prend en aparté. Elle vous dit ce qu'elle sait. Et elle vous remet votre première charge.
Cette charge, je vous l'avais promise.
Le 30 mars, à Thiès, au stade Lat-Dior, je vous ai dit une chose que je pensais depuis longtemps. J'ai dit que chez nous on parle beaucoup de la jeunesse et qu'on décide trop souvent sans elle. J'ai dit que cela devait changer, et que cela ne pouvait plus attendre.
Nous y sommes. Le décret du 5 décembre 2025 a créé ce Conseil. Aujourd’hui, vous lui avez donné des visages.
Ce Conseil est consultatif, et je tiens à ce mot. Dans nos contrées, on ne tranchait pas avant d'avoir consulté, discuté. C'est dans le « pénc » que le village décidait. Et dans ce pénc, les jeunes n'étaient pas de simples spectateurs.
Nos sociétés n'ont jamais gouverné sans leurs classes d'âge. Le « maas » chez les Wolofs, le « fedde » chez les Halpulaar, le « kafo » chez les Mandingues, ce sont des générations organisées, qui avaient leur mot à dire, leur solidarité à faire vivre, leur honneur à défendre.
La République n'invente rien ce matin. Elle renoue un fil. Mais ce fil est ancien, et le monde qu'il doit relier aujourd'hui est nouveau. Les anciens du pénc connaissaient le monde sur lequel ils décidaient. Le vôtre change plus vite que quiconque ne peut le comprendre.
Jeunes du Sénégal,
Pendant des siècles, les initiés sont revenus dans un monde à peu près tel que les anciens le leur avaient décrit.
Quant à vous, vous entrez dans un monde qu'aucun ancien n'a vu, et personne ne l'a traversé avant vous. Je vous dois cette franchise. Je peux vous dire ce qu'il faut emporter, mais je ne peux pas vous décrire la route.
Ce monde a déjà un nom, et vous le prononcez tous les jours. Des machines, désormais, écrivent, calculent, traduisent, dessinent, diagnostiquent. Elles répondent à toute question en quelques secondes, dans toutes les langues, et bientôt dans les nôtres. C'est ce que l'on appelle l'intelligence artificielle, et vous vivez déjà avec elle. Je n'en ai pas peur, et je ne vous demande pas d'en avoir peur.
Et je vais vous dire pourquoi.
Pensez, par exemple, au paysan qui interrogera en diola ou en sérère la maladie de son champ, et à qui l'on répondra dans sa langue. Pensez à l'élève de Salémata ou de Podor qui aura, pour la première fois, un répétiteur aussi savant que celui de l'enfant des beaux quartiers. Pour un pays comme le nôtre, c'est la chance de franchir en dix ans ce que d'autres ont mis un siècle à parcourir.
Mais je vous ai promis la franchise, et je ne vous cacherai pas le reste. Des métiers vont changer, et certains disparaîtront, parmi lesquels des métiers auxquels vous vous préparez. D'autres vont naître, que nos écoles n'enseignent pas encore, et fort heureusement, c’est vous qui les inventerez.
La vérité elle-même est attaquée, car une machine peut imiter une voix, fabriquer un visage, faire dire à un homme ce qu'il n'a jamais dit. Et ces machines ne sont pas neutres. Elles ont été nourries ailleurs, dans d'autres langues, avec d'autres valeurs.
Un peuple qui se contente de les consommer confie à d'autres le soin de penser à sa place. Nous avons déjà connu cela, sous un autre nom.
Alors je vous le dis sans détour. Je ne veux pas d'une jeunesse sénégalaise cliente de l'intelligence des autres. Je veux des ingénieurs, des linguistes, des juristes, des entrepreneurs qui la fabriquent, qui lui apprennent nos langues, qui la plient à nos besoins. Qui lui inculquent nos valeurs. Un satellite conçu par de jeunes Sénégalais tournait, il y a quelques mois, au-dessus de nos têtes.
Cheikh Anta Diop vous voulait armés de science jusqu'aux dents. Il ne pouvait pas imaginer ces machines. Elles lui donnent aujourd'hui raison.
Jeunes du Sénégal,
Reste une question, et c'est la seule qui compte. Quand une machine saura tout, que restera-t-il à l'homme ?
Nos anciens avaient la réponse. Ils l'avaient cachée dans la case.
Car enfin, qu'allait-on chercher dans la case ? Pas un savoir de plus. On n'y entrait pas pour en savoir davantage. On y entrait pour devenir un Homme, armé des plus belles vertus, et pour les offrir à la communauté qui l'attendait dehors. On y apprenait ce qui ne passe pas par les mots seuls. À avoir mal sans crier. À garder un secret. À partager sa part. À ne pas abandonner celui qui tombe. On l'apprenait dans son corps, avec les autres, sous le regard des aînés.
Voilà ce que je voulais vous dire de la machine. Elle saura tout. Elle n'aura été initiée à rien.
Elle aura lu tous les livres sur le courage, et elle n'aura jamais eu peur. Elle saura définir la parole donnée, et elle n'aura jamais eu à la tenir quand cela coûte. Elle écrira mille pages sur la honte, et jamais elle ne baissera les yeux. Tout ce qui fait un homme, tout ce qui fait une femme, commence là où son savoir s'arrête.
Ce qui commence là où le savoir s'arrête, nos anciens le connaissaient bien. C'est le courage.
Le courage ne vit jamais seul. Il accompagne chaque vertu au moment où elle devient difficile. Il faut du courage pour rester honnête quand le mensonge serait plus simple. Du courage pour dire la vérité quand personne ne veut l'entendre. Du courage pour garder sa parole quand plus rien ne vous y oblige. Une vertu qui ne coûte rien n'a pas encore été mise à l'épreuve. Le courage est ce qui la fait passer de la bonne intention à l'acte.
C'est pour cela que la machine ne l'aura jamais. Elle connaîtra toutes les vertus, et aucune ne lui coûtera. Il n'y a pas de courage là où il n'y a rien à perdre. Et c'est pour cela qu'on l'enseignait dans la case. On y entrait avec quelque chose à perdre, et l'on en sortait sans plus en avoir peur.
Vous avez devant vous ce que personne d'autre n'a à ce point, tout l'avenir, et le courage que l'on attend de vous est de le bâtir ici. Ce courage, vous l'avez déjà, et ce Conseil est fait pour qu'il serve.
Jeunes du Sénégal,
Votre génération n'a pas plus de défauts qu'une autre. Elle a ses tentations propres, et je veux les nommer, parce qu'on se défend mieux de ce que l'on a regardé en face.
La première tentation est de croire que rien ne dépend de vous. Que tout se décide ailleurs, plus haut, plus loin, et qu'il ne reste qu'à attendre. Ce Conseil existe pour prouver le contraire. Ce qui vous concerne se décidera désormais avec vous.
La deuxième est de laisser la machine penser à votre place. Elle vous proposera cette facilité avec une grande politesse. Servez-vous d'elle comme d'un outil. Un esprit qui ne travaille plus s'éteint comme un bras que l'on ne lève plus.
La troisième est le faux. L'écran où l'on détruit en dix secondes une réputation bâtie en trente ans, où l'insulte tient lieu d'argument, où l'on ne demande plus si une chose est vraie mais seulement si elle fait mal. Vous valez mieux que cela. Le débat, oui. La contradiction, toujours. Mais le mensonge et l'injure, jamais.
La dernière est l'imitation. Vouloir les rêves des autres, leurs modèles, leurs accents, jusqu'à leur regard sur nous. Boo xamul foo jëm, dellul fa nga jóge. Si tu ne sais plus où tu vas, retourne d'où tu viens ; non pour y rester mais pour prendre la bonne direction.
Chères conseillères, chers conseillers,
Les initiés ne sortaient pas de la case avec des conseils seulement. Ils en sortaient avec une charge. Et voici la vôtre.
Vous êtes désormais l'interlocuteur de l'État, de ses ministères et de ses partenaires sur tout ce qui touche la jeunesse. Je ne vous demande pas de m'approuver. L'approbation, un Président en reçoit toujours plus qu'il n'en mérite. Je vous demande de me dire ce que les rapports ne disent pas. La plupart de ceux dont vous parlerez n'ont voté pour aucun de vous. Beaucoup ignorent que ce Conseil existe. C'est pourtant leur voix que vous portez, plus encore que celle de vos électeurs.
Pour mériter ces voix, je n'ai qu'un conseil. Travaillez. Débattez, âprement s'il le faut, puis mettez-vous d'accord sur l’essentiel. Apportez-nous des avis précis, chiffrés, praticables, qui nourrissent l'Agenda Sénégal 2050. Et je m'y engage devant vous. Vos avis seront lus et je vous recevrai chaque fois que la situation le demandera.
Le Gouvernement, sous l'autorité du Premier Ministre, vous ouvrira ses portes, sur l'orientation, sur la formation professionnelle, sur les compétences numériques, sur tout ce qui décide de l'avenir d'un jeune. Et j'invite les collectivités territoriales, le secteur privé, la société civile et nos partenaires ici présents à faire de même.
Mes chers jeunes compatriotes,
Je reviens, pour finir, au village d'où nous sommes partis.
Quand les initiés revenaient, tout le village sortait à leur rencontre. Il y avait des tambours, des pagnes neufs, des mères qui reconnaissaient à peine leurs fils tant ils se tenaient droit. Ce n'était pas la fin de quelque chose. C'était en réalité le premier jour. Et ce premier jour aura des témoins.
Dans un mois, du 31 octobre au 13 novembre, la jeunesse du monde entrera dans Dakar pour les Jeux olympiques de la jeunesse, les premiers sur la terre d'Afrique. La flamme est en train de traverser toutes nos régions avant de revenir ici. L'Afrique accueille, Dakar célèbre et le monde vous regarde. Montrez-lui ce qu'est un pays jeune qui sait d'où il vient.
Permettez-moi, avant de vous laisser, un mot plus personnel. J'ai été élu à quarante-quatre ans. Je sais ce que ce peuple a voulu dire, ce jour-là, à toute une génération. Il lui a dit que son tour n'était pas pour demain. Je suis père, aussi. Mes enfants grandiront parmi ces machines, dans ce siècle que personne ne sait encore décrire. Je ne suis pas inquiet pour eux. Je ne suis pas inquiet pour vous. Parce que je sais ce que ce pays met dans le cœur de ses enfants avant de les laisser partir. L’inquiétude n’est pas mon rôle, la dissiper est ma mission !
Et cela, je veux le dire comme on le dit chez nous.
Yéen ndaw ñi, Senegaal wóolu na leen. Jom, yar ak fit, loolu mooy seen yóbbal. Nanu ànd dem ca kanam.
Vous êtes entrés dans ce lieu comme des jeunes du Sénégal. Vous en sortirez comme ses conseillères et ses conseillers. Le pays vous attend dehors.
Je déclare installé le Conseil consultatif des Jeunes du Sénégal.
Vive la jeunesse, vive la République, vive le Sénégal.






